Ecrits·Promenades

Des nouvelles de Famagouste

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L’ordre disait, après la formule d’affection consacrée : 13 rue G. S., 1076 Varosha, Varosia, Ammochostos, Marash, Gazimagusa, Famagouste. Le début restait en revanche illisible, rongé par ce qui ressemblait à du sable et dégageant une odeur salée, marine. Alma trouva facilement, coupant à travers de larges avenues où des grenades vertes et une moiteur mûre roulaient librement dans la nuit. On voyait par les murs ; des intérieurs dépouillés, parfois une piscine se révélaient sans laisser voir un seul occupant. Lou l’attendait déjà devant la porte et ne put dissimuler sa déception en la voyant, de même qu’après quelques pas seulement, Alma ne put s’empêcher de parler de la veille.

« — Tous étaient si fébriles, c’est quelque chose que je n’avais encore jamais vu, — Moi si » répondit Lou, tout en sachant que tout geste révélait son agacement au sujet de l’autopsie. Tout le monde ne pensait qu’à cela, bien sûr, et Alma ne faisait pas exception ; ce qui lui laissait peu de possibilités d’oublier la grappe d’événements attachés les uns aux autres par un fil jusqu’ici d’une admirable résistance. Inutile de s’attarder sur le sujet : Alma ne demanderait et ne donnerait pas d’explication, même si Lou trouvait étrange de devoir passer cette nuit avec quelqu’un qu’elle connaissait si peu. Elle avait sans doute dû exprimer un intérêt quelconque et envoyer l’ordre dans la journée, ce qui l’irritait, mais Alma se trouvait désormais dans des lieux qu’elle n’avait jamais connus et n’aurait jamais dû voir, ce dont Lou était pleinement responsable. À force de nuits seules entre les immeubles de la capitale, elle aurait pourtant préféré une voix et une présence familières ici, à défaut d’une franche hostilité (qui facilitait toujours ces missions). C’était en effet toute l’aide qu’elle recevrait pour ce qu’il y avait à faire ce soir, même si l’ordre manquait de clarté à ce propos. Elles tournèrent au coin de la rue descendante, devant le kiosque du ministère, puis se glissèrent entre les voitures qui masquaient un passage au milieu des caroubiers et d’un mur de climatiseurs. Leurs chaussures faisaient résonner doucement la grille au sol et l’éclat des feux rougissait parfois brièvement leur visage (car rien n’arrêtait jamais vraiment les voitures à Nicosie).

Elles étaient encore loin de Famagouste lorsqu’elles débouchèrent rue des Boutiques-à-louer, devant l’échelle que Lou avait repérée au préalable ; toutes deux se hissèrent alors jusqu’au toit d’un immeuble assez haut pour surplomber la ville et surtout après sa frontière. On voyait se découper la colline de la capitale et s’étaler par-dessus de larges bandes rouges, ainsi qu’une plus large encore au centre, blanche et ornée d’un sourire très distinct depuis leur observatoire. Sans prêter aucune attention à ce dont Lou n’arrivait pas se détourner, Alma déplia un pont entre leur immeuble et un autre adjacent, légèrement en contrebas. « Il ne m’en reste plus beaucoup », remarqua-t-elle en sortant de sa poche ceux qui s’y trouvaient ainsi qu’une paire de ciseaux pour les découper, par souci d’économie. « Pourquoi c’est toi qui les as ? » s’indigna Lou, autant de ce fait que du ton d’évidence de sa compagne. Toutes deux avaient franchi le pont, un édifice en cuivre sans cohérence, et Alma, qui essuyait alors ses ciseaux, parut pour la première fois sincèrement surprise : « Mais tu en as aussi, dit-elle en désignant le pont d’un signe de tête. J’ai dû te l’emprunter. »

Lou ne put s’empêcher de rire, sceptique :  « — Impossible, il n’est pas vert.

— Pas encore » répondit Alma en haussant les épaules, l’air d’indiquer qu’elle n’était pas en mesure d’en parler. La neige, qui tombait à gros flocons depuis quelques minutes, s’arrêtait enfin, laissant une couche dure sur les toits, blanc sur Blanche, pour à peine un instant de plus.

La ville était poussiéreuse, salie, coupée, aux vitrines béantes et aliénée partout, plus encore à mesure qu’elles lançaient et franchissaient leurs derniers ponts, s’approchant ainsi de la ligne verte. À force de marcher et de revoir les remparts, le marché dépouillé et le quartier populaire, toutes deux en avaient désormais la certitude : Nicosie serait toujours la même. Elles avaient beau vivre ici depuis longtemps déjà et savoir où elles devaient se rendre, sa géographie leur résistait et se dérobait immanquablement. Lou, qui n’était que peu sortie depuis son arrivée, craignant le soleil, les voitures, les mines et la solitude de la ligne verte, goûtait donc le calme de cette soirée. En bas, hibiscus, bougainvilliers et ces buissons avec leurs drôles de petites fleurs mauves bruissaient et couvraient les injures écrites sur les façades. La plupart comportaient des informations incompréhensibles mais capitales, et semblaient encore plus violentes que dans ses souvenirs.

Elle se tourna vers Alma, qu’elle avait pourtant déjà autant regardée que Nicosie : plus petite qu’elle, les cheveux plus clairs et plus courts, les yeux plus sombres et un air grave et bon qui ne lui était pas familier. Mais ainsi qu’à l’égard la ville, elle ne se décidait pas entre une aversion antique et l’affection rude qui survient après une proximité forcée, oubliant même combien Alma lui avait semblé inconnue quelques allées plus tôt. Aussi la regardait-elle, à mesure qu’elles s’enfonçaient dans la ville puis dans la frontière elle-même, en plein sur la ligne verte, comme les ruines vides depuis bien plus que des années.

Celle-ci dispensait des soins aux personnes qui s’y cachaient à l’aide de plantes et de conseils pratiques, laissant à Lou la charge des conseils immatériels, aussi indispensables que l’armoise ou l’achillée. Elles reprenaient ensuite leur route et un motif régulier de chants et remèdes, sereines et sûres, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne dans la ligne à soigner. La terre battue avait cédé au sable qui s’engouffrait partout, ainsi qu’à des plantes ligneuses et des fleurs claires comme du lait.

« Ma mère disait qu’elles envahiraient tout, dit Alma avec une pointe d’étonnement.

— Qu’est-ce que ta mère sait de Famagouste ? demanda Lou, peinée.

— Ma mère ne connaît que le sable : elle ne sait pas qu’on peut faire des bouquets pour les manger. C’est sans doute mieux. »

Elles étaient arrivées. C’était un lieu difficile, où les choses désiraient ardemment se séparer, se rétablir et se dessouder pour former un ensemble quelconque. Par-delà la masse des immeubles qui tenaient encore, droit devant, la ville ne s’étendait plus ; la mer s’engouffrait dans leurs armatures, rognant la plage comme une flèche grise. Plus à l’ouest, la terre s’abattait aussi mais avait formé une large baie, bordée d’oliviers et d’un massif montagneux très petit. Derrière, proche et inchangée, il y avait toujours la capitale. La plage n’était en réalité guère plus qu’une bande sablonneuse fermée par l’eau d’un côté, de l’autre par un grillage et des épineux empêchant tout accès aux habitations. Alma et Lou quittèrent leurs chaussures et s’approchèrent silencieusement assez proches pour lire les rares panneaux suspendus entre les ronces, devant la dernière limite.

Au milieu d’interdictions ordinaires, hormis la fin emportée par une vague, on lisait clairement sur une enseigne:

Défense de prendre du sable

alpha majuscule, thita, ita, ni, alpha

Seuls les morts ne travaillent pas

Amitiés,

13, rue G. S., 1076…

 


Je vous avais dit qu’un jour, je vous parlerais de Nicosie. Il m’arrive souvent de penser à elle et d’en rêver, ainsi qu’à d’autres choses.

Cheveux

Best-of capillaire 2016

Il y a quelques jours, j’ai vu passer un hashtag: #bestselfies2016. Bon enfant, je l’ai trouvé sympa, et comme pour toutes les choses que je trouve sympa sur internet, il y a un boulon dans le potage: je n’en ai quasiment pas, et surtout pas selon les compositions académiques du selfie (une face acceptable à moins d’1m de distance).

Ce que j’ai à la place, c’est un certain nombre de photos de cheveux. De dos, précisons. Fidèlement publiées ailleurs, mais étant donné que j’ai un peu laissé le blog en friche alors que j’aimerais aussi y parler tresses depuis le début (et que j’aime bien certaines photos), je vous punis de mon inconstance. Alors même qu’ironiquement, j’ai depuis un certain temps une envie lancinante de couper très court, ce qui se marie assez mal avec l’ambition d’une longueur aux genoux (quelle extrémiste…). Ainsi qu’avec ma collection d’accessoires qu’il faudrait léguer à qui de droit. Mais je crois que je suis actuellement un peu trop frileuse pour décider, au moins pour le moment.

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FEVRIER 2016: évidemment comme je n’ai pas été sérieuse ici, c’est dur de le voir, mais 2016, c’est l’année où j’ai récupéré l’épaisseur perdue fin 2014/2015. La perte était assez importante pour que la chevelure soit visuellement dans un état alarmant. C’est aussi la première année, depuis 2011, où je n’ai sur la tête que ma couleur naturelle: en juillet 2015, j’ai coupé 15 cm de pointes décolorées qui dataient de 2011. Pas trop tôt.
(aparté rageux: dire que cette barrette débile s’est cassée depuis, ssss)

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AVRIL 2016: lors du défi chignon, un gros chignon tressé pas compliqué, et la fourche en bois de frêne et labradorite que je venais de recevoir. Je suis très fière d’avoir effectivement tenu les 30 jours du défi alors que mon niveau en coiffures est plutôt minable pour quelqu’un qui se prend en photo de dos depuis quatre ans pour voir la pousse.

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JUIN 2016: incontestablement ma photo préférée avec celle d’août. Elle a été prise lors d’une réunion annuelle de chevelus. On s’était toustes lavé.e.s les cheveux ou presque avec émotion avant de venir, avait empaqueté sa collection de pics, barrettes, peignes, gâteaux et bière tout spécialement, et ce week-end était l’âge d’or revisité.

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JUILLET 2016: il m’arrive d’oublier pourquoi je ne me fais jamais de tresse épi depuis que j’ai atteint la taille: ça prend un temps fou, et être régulier dans le tressage reste un idéal. Heureusement, ce genre d’envies me prend seulement une fois l’an.

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AOÛT 2016: Ça, c’est la photo de la victoire, du mètre de cheveux longtemps lorgné et jamais atteint avant. Dans le meilleur décor du monde (l’Aubrac) qui plus est, et lavés à l’eau exceptionnelle du coin. Et j’atteins donc, laborieusement, douloureusement, le coccyx et même la toute dernière vertèbre de celui-ci. Des hanches au coccyx, les pointes subissent tant de frottements que l’étape aura été très difficile.

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DÉCEMBRE 2016: grand saut de l’été à l’hiver avec cette photo qui ne date que d’une semaine, juste après un tout premier test de shampooing à la farine de pois chiches. C’est une photo qui explique assez bien pourquoi j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi les gens pensent souvent que j’ai les cheveux noirs (pas vraiment…). Les cheveux noirs sont pourtant aussi rares que le blond Targaryen; ce qui est amusant, c’est que ma mère et un certain nombre de personnes dans ma famille ont effectivement les cheveux noirs, mais le fier héritage aveyronnais ne se retrouve pas (drame) dans mes tifs abâtardis.

Et c’était donc une année de pousse de plus, avec 20 cm de gagnés, et surtout une routine naturelle rodée et un plaisir retrouvés à s’occuper d’eux (alors que ça me frustrait et m’énervait auparavant)(mais ils ont peut-être arrêté d’être casse pieds eux aussi, c’est possible). Mais ça, on en reparlera bientôt.

D’ailleurs, vous, quels sont vos rapports avec vos cheveux? Vous les avez courts, longs, colorés, au naturel, et comment vous vous en occupez? N’hésitez pas à laisser un commentaire, j’adorerais lire vos propres aventures capillaires!

Réflexions

De 2016 à 2017 – Bilan et résolutions

 

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À l’heure qu’il est, j’ai presque tout utilisé de mon stock d’achillée…

Je ne suis pas si tranquille à l’idée d’écrire et publier un bilan-résolutions ici, curieusement, alors que c’est finalement presque en privé. Une sombre histoire de malaise et d’étroitesse dans l’intimité. Il faut dire que je vous connais presque tous, chers lecteurs, et qu’après vos réactions si chaleureuses et positives sur le dernier article et sa petite série de photos, ce n’est pas évident de vous proposer un pavé sans assaisonnement comme celui-ci. L’an dernier, j’ai un peu triché, dans le vague sur l’année passée et à venir (et essayé de faire passer le tout avec des photos sans rapport). Je vous ai même un peu menti sans le vouloir, mais sans doute dirai-je la même chose l’an prochain, allant mieux qu’hier et moins bien que demain, toute chose et particulièrement se remettre prenant un certain temps.

C’est mieux entassé comme ça, si je vous dis que je suis seulement végétarienne désormais après un an du côté végétalien de la force -s’il faut se donner une appellation aux normes-, que j’ai très fidèlement fait du yoga cette année et beaucoup progressé, que j’ai c’est vrai négligé d’écrire plus ici, découvert le BulletJournal (minimaliste pitié), lu 55 livres et pas 40, réduit encore mes déchets, pas vraiment essayé de manger sans gluten par contre sans rancune, que je n’ai plus de regret ni de honte envers mon parcours scolaire et que ce n’est plus seulement une posture à adopter pour quand j’en parle, continué en secret à me gaver de poèmes en anglais, que j’ai recommencé à écrire, appris le (vrai) soin de moi et tirer les tarots, magnétisé des mandarines, pas lâché le grec moderne, lutté avec ma peau, me suis perdue en Aubrac et y ai redécouvert la photo, Marguerite Duras, Prévert, Beauvoir, l’amour démesuré de tout ça et de certains lieux, chassé et épinglé sauvagement des idées, laissé et retrouvé des choses de côté, oui c’est mieux, bien plus juste comme manière de dire.

Le reste se liste, aussi simple et permissif que pour une recette:

  • Continuer le yoga.
  • Écrire tous les jours.
  • Écrire toutes les histoires qui attendent depuis un moment.
  • Écrire ce très ancien projet de roman.
  • Me donner l’année pour décider et surtout dessiner le tatouage que j’aimerais arborer.
  • Ajouter un sport au yoga.
  • Boire de l’eau (et pas que du thé).
  • Continuer à être curieuse, surtout.

J’aimerais promettre d’être régulière ici, de vous raconter un peu ce séjour en Aubrac d’août, mais comme c’est dur de savoir à l’avance, je dirais plutôt que je suis bel et bien présente sur Instagram (surtout) et Twitter. Et bien bonne année les enfants.

 

Promenades

L’enfance et le maintenant

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C’est un peu particulier, ces derniers jours, entre les emballages qui traînent, les plumes sous le poêle, les tasses de thés qui disent qu’on se verra bientôt et la solitude neuve, mes mains encore bien poisseuses de vanille. Ces photos prises avant et après, toutes mélangées, parce que je ne savais pas quoi faire exactement et que ça me semblait encore le mieux, de documenter cette vallée immense qui m’a vue grandir et que je retrouve parfois avec la même perplexité.

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C’est grand, la vallée. On vient de loin pour la voir, la parcourir et tout le monde l’aime beaucoup. Ironiquement, quand j’étais petite, j’avais beaucoup de mal à sortir de la maison de mes parents et je n’ai pourtant pas le souvenir d’avoir fait une promenade seule, terrorisée par les menaces des bois, sinistrement tangibles ou surnaturelles. Je n’ai commencé à m’aventurer dehors qu’après mes dix-huit ans, toujours à pied, cherchant dans les hauteurs un peu de ce calme, espérant le garder pour m’en faire des infusions, une cure et un remède durable. Toujours l’hiver.

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Lorsque je vois la vallée et m’en souviens, c’est toujours l’hiver, avec son froid, son absence de neige, ses matins bleus et inexplicablement, les chants de Noël, les punitions et les rédactions du CM1. C’est invariable, et j’ai du mal à avoir d’autres impressions. Ces impressions sont presque douces, alors que je sais très bien à quel point mes souvenirs d’enfance sont durs et coupants.

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Ça fait toujours drôle, de se promener par ici. À vrai dire, je n’ose m’aventurer que dans certaines parties de la vallée, le plus haut et le plus loin possible des habitations, aussi étonnant que cela puisse paraître. J’ai du mal à descendre et me rapprocher du lycée, en dépit de mon envie d’aller documenter ces lieux-là aussi. Il est pourtant bien improbable d’y croiser des personnes que j’aurais connue il y a de cela cinq, six ans; et lorsque cela arrive, il est encore moins possible que ces personnes puissent me reconnaître. Pourtant, dans ces moments-là, j’ai le cœur qui se serre un peu et je fais semblant de ne pas être d’ici, en les regardant en coin parce que je suis curieuse de les voir quand même. Et je sais, j’espère qu’ils ne m’ont pas vue.

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Alors voilà, la meilleure façon de tromper la solitude après ces jolies fêtes un peu trop douces, c’était d’aller voir ce drôle de lieu qui m’était à la fois familier et étranger, avant de retourner dans la ville natale et la place que cette fois, j’y ai pour de bon.

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PS: on se retrouve avant la fin de l’année pour un petit article bilan.

Promenades

Entre deux terres, la mer

 

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Aussi étrange (et idiot) que cela puisse sembler, je n’ai jamais pensé à vous proposer autre chose que des fragments de ce que je prenais en photo, sélectionnant et éliminant des photos parce qu’elles surchargeraient un article, mais regrettant de ne pas vous en montrer plus. Pourtant, c’est une pratique que j’affectionne et qui, si je n’étais pas aussi timorée et incertaine, prendrait bien plus d’ampleur dans mon quotidien qu’aujourd’hui.

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Alors, qu’est ce qui a (un peu) changé? Un sursaut de motivation pour utiliser Instagram, le mettre à jour quotidiennement et essayer de lui donner une certaine unité graphique (le début de mon flux est…Dégueulasse en termes de couleurs, rien à dire), et du coup une pratique de la photographie avec le téléphone, outil que je ne savais pas du tout utiliser dans cet objectif. Des essais. Des problèmes à résoudre: comment prendre en photo tel objet sans plancher antique et authentique comme fond? Que faire avec des photos vues et revues de tel paysage? C’était amusant, stimulant, pas du tout prise de tête comme quand je ne photographiais que des recettes ou errait dans mon jardin à 14 ans à la recherche de macros à faire.

Et puis surtout, j’ai arrêté de gamberger au sujet du traitement que mes photos devraient ne pas avoir. Je vous le donne en mille, grâce aux filtres VSCO et ces traitements express sur smartphone, qui m’ont fait regarder des photos d’artistes que j’admire avec un œil neuf, brusquement dessillé. J’ai toujours eu un complexe du traitement photo, me contentant le plus souvent d’une très légère retouche avec les courbes de contraste, de peur de « tricher » si j’en faisais davantage, et me sentant un peu nulle de ne pas obtenir les résultats fabuleux de photographes qui semblaient magiquement obtenir la grâce simplement sur le terrain, avec leur appareil.
Ce qui est quand même vraiment dommage quand on adore le traitement photo et qu’on patouille sur Photoshop avec plaisir depuis ses 12 ans pour faire tout et (surtout) n’importe quoi. Et que la seule idée d’aller sur Photoshop titille la créativité. Certaines photos se suffisent, sans besoin de rien d’autre. D’autres sont un peu remaniées: aucune formule magique, aucun filtre, mais un accord délicat à chercher, jusqu’à ce qu’il s’impose enfin.

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Alors voilà: c’est totalement hétéroclite, random même, des tests, des formats différents, des couleurs qui n’ont rien à voir, des jours et des lumières dans le désordre le plus complet, des recherches, ce qui a attiré mon attention, ce que j’ai voulu voir et vois réellement.

Et vous emmener, l’espace de quelques photos, dans le bassin d’Arcachon.

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Minimalisme

Minimalisme: routes et déroutes d’une accumulatrice moyenne

La pensée minimaliste, ou simplicité volontaire selon le nom qu’on lui donne existe depuis très longtemps (en Orient notamment, mais aussi en Occident dans son aspect plus militant), émerge depuis quelques temps sur la toile, et de plus en plus de personnes ressentent un besoin, voire un déclic minimaliste. Spoiler alert: j’en fais partie, ce qui explique ce prélude à une série consacrée au sujet.

Depuis que j’ai quitté la maison familiale, il m’arrive en effet de visiter et voir les appartements de mes amis, parfois aussi de les aider à déménager et emménager.
J’avoue que j’ai du mal à m’empêcher de jeter un œil curieux à leur intérieur: ce qu’il y a, comment tout est rangé ou non, la décoration, si les murs sont chargés ou au contraire complètement lisses et nus.

Et souvent, les constats sont les mêmes: mis à part le fait que mes amis ont tous une déco assez badass chacun dans leur style, je me rends compte très vite qu’ils possèdent peu, en tout cas une quantité de bazar bien moindre que ce que j’ai (avais, si on regarde le long terme).
Moins à ranger, moins à transporter, moins à se soucier aussi visiblement.

Je les admire profondément pour cette force qui se dégage de leur intérieur tout de simplicité.

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Bibliothèque vide et pas à moi.

• Simplicité VS Accumulation

En partie parce que c’est un peu tout le contraire d’un état d’esprit qui a duré jusqu’à l’an dernier chez moi (tout en admirant la simplicité chez mes amis: beau paradoxe). À vrai dire, j’étais plutôt de l’espèce « maximaliste » (faute d’un terme mieux choisi, car je n’étais pas une hoarder), avec l’envie sous-jacente de me constituer un intérieur richement orné d’objets jolis et originaux qui puisse refléter à la fois ma personnalité et concrétiser l’engagement que j’avais envers certaines passions.

Ce sont deux aspects très déterminants dans ma réflexion (et mes problèmes) minimaliste, et sans surprise, ce sont les plus difficiles à gérer pour ne pas me laisser happer dans le cercle infernal de l’accumulation. D’autant plus que l’absence de revenus ne préserve pas de cette faille, loin de là.

  Ils s’appliquent à bon nombre de situations pour moi, mais un exemple est vraiment parlant. Lorsque j’étais en prépa littéraire, j’achetais à peu près tous les livres théoriques qui me semblaient utiles pour tel ou tel sujet abordé au gré du cours ou en vue du concours préparé. Sans compter la liste de lecture de six kilomètres qu’on a avant même la rentrée en 1ère année. Même avec une sélection utilitaire, ma collection comptait un nombre impressionnant de livres de toutes sortes, tous très érudits et une grande partie restés non lus.

  Et j’étais loin, très loin d’être la seule de ma classe à avoir adopté ce comportement d’achat systématique et compulsif.
Au-delà de l’aspect vraiment utile d’un tel comportement sur le moment (encore que, c’est aussi sujet à débat), voici comment je m’autorise à l‘interpréter, à la lumière de deux ans de recul et de réflexion sur cette période.

• Pourquoi j’ai encombré mon intérieur d’objets divers

– En premier lieu, et très fortement, l’angoisse. Acheter des livres, investir littéralement dans mes études au prix d’autre chose, c’était agir sur un contexte (le quotidien, les résultats en classe, la solitude, etc.) et une issue (le concours) sur lesquels je n’avais pas la moindre prise. En complément du travail fourni qui lui, n’avait pas de valeur chiffrable en espèces selon le temps passé et son efficacité…Et souvent estimé à moins de zéro par le corps enseignant, des camarades ou de mon propre chef.

– Conséquence directe de l’angoisse, la sensation de l’engagement. En accumulant tout ces objets, je me donnais une preuve tangible que j’étais véritablement intéressée, déterminée et engagée dans ce que je faisais, et que je faisais ça bien, avec méthode et rationnellement. J’en donnais une preuve aux autres aussi; pas tellement à mes éventuels invités qu’à ma famille et moi-même d’ailleurs.

– De cet engagement découlait une certaine idée de mon identité: puisque j’avais tous ces livres débordant des étagères, recouvrant tous les sujets et faisant de moi quelqu’un de (faussement et superficiellement) connaisseuse, j’étais une vraie littéraire, quelqu’un aimant vraiment les livres, de vraiment cultivé. C’était entretenir une image qu’on m’avait donnée depuis toute petite, qui me semblait sûre, pas trop fausse et assez solide pour m’y raccrocher et affronter trois ans difficiles avec au moins une certitude…Celle qu’on m’avait un jour dit que j’étais quelqu’un de bien avec et à cause des livres, même si on me répétait actuellement que je n’étais pas à ma place dans ce cursus. Une stratégie de survie comme une autre.

  On trouve beaucoup d’hypothèses formulées sur l’accumulation et l’attachement aux objets. Notamment celle de la peur de la mort poussant à accumuler et voir dans les objets une trace solide et durable de sa propre existence physique. Nombre de personnes témoignent avoir ressenti une impression de « mourir » au moment du tri de leurs possessions. Aussi intéressante cette piste soit-elle, je ne me reconnais pas vraiment en elle et j’ai donc choisi de vous parler de ce qui, après avoir ravalé ma fierté et examiné les choses avec honnêteté, correspond le plus concrètement et justement à l’importance qu’avaient le bazar et l’accumulation à mes yeux.

J’ai choisi là un exemple extrême volontairement, où une situation de grande fragilité et de pression psychologique a exacerbé des tendances déjà présentes. Et effectivement, il met en évidence un côté assez minable dans ma façon de gérer les difficultés, et une volonté assez vacillante.

Car j’ai/j’avais (difficile de choisir un temps…J’essaie vraiment de me débarrasser de cet état d’esprit, sans être sûre d’y arriver vraiment!) cette approche-là avec absolument tout ce qui m’intéressait et impliquait qu’on pouvait consommer et acquérir des objets. Inutile de mentionner le mal-être évident qui allait avec certaines de ces lubies (cosmétiques, sport pour modifier un corps qui déplaît, etc.).

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Extrait de bazar

• Une prise de conscience

  La seule passion qui est un peu passée au travers les mailles du filet et a déclenché ce grand chambardement minimaliste, c’est le yoga, pour lequel on a besoin de presque rien -et où on ne peut pas trop le nier. Cela m’a fait bien un bien fou sur tous les plans, et m’a mis le nez dans ce monceau d’affaires dont je n’avais non seulement pas besoin mais que je ne voulais même pas auprès de moi.

  Ça, c’était l’an dernier. Et dans la foulée du yoga, j’ai découvert l’ouvrage de Marie Kondo avec qui je partageais visiblement les mêmes petits penchants illuminés pour le rangement (pas besoin de vous faire une review, le livre a été vu et revu des centaines de fois sur la toile. En voici une soignée et claire) et sa méthode que j’ai trouvée géniale. J’ai tout mis par terre, littéralement failli mourir étouffée, pleuré du sang devant la masse…Et finalement j’ai trié. Beaucoup (je ferai le bilan ici juste pour le plaisir). Pas assez.

Puis je suis partie vivre quelques mois à Chypre avec trop et pas assez de choses, en gérant si mal mon affaire que ça a eu des répercussions regrettables par la suite (oui, à ce point). En revenant, j’ai encore plus trié, mais pas encore assez.

• Et ensuite ?

En somme, voilà d’où je viens, où j’en suis et où je vais, en guise de prélude à une série d’articles sur le minimalisme avec des vrais bouts de vie et de solutions concrètes dedans.

Et si on faisait un bout de chemin ensemble? Pas forcément longtemps ou sur tous les plans, mais juste un peu, si ça t’intéresse de trier aussi ce que tu as ou que tu es curieuxse de me voir tâtonner et les réflexions qui naîtront.
Si jamais tu as envie de partager ton expérience ou ton point de vue sur cette simplification des possessions, n’hésite pas non plus à commenter ici ou plus tard!  

Cheveux

30 jours, 30 chignons (2)

Comme annoncé, voici la deuxième partie du défi chignon, dont vous pouvez trouver le premier volet ici. Cette semaine a été plus audacieuse que la précédente, et si la Fortune sourit aux audacieux, elle peut parfois bien se payer de leur tête. Si les dix jours précédents étaient le royaume des pics à cheveux en bois, j’ai manipulé un peu plus les épingles en U dont j’ai également appris à me servir à cette occasion.
En parlant de pic: si vous n’en possédez pas, jouez-la thug life et utilisez un crayon à papier ou un pinceau. Et si vous en voulez (des pics), on en reparle très vite.Jour 11 – Rose bun
Le plus compliqué a été d’exécuter les deux rope braids à enrouler qui constituent le chignon. Elles n’ont en soi rien de complexe, mais être mal latéralisée a ajouté un peu de piment lors de la réalisation; la photographie est celle du troisième essai. Si vous êtes moins gauche que moi, le rose bun est réalisable sur toutes les longueurs à partir des épaules et ne devrait pas vous prendre beaucoup de temps. Par ailleurs, la tenue est très bonne: idéal pour parader dans les rues toute la journée ou une randonnée, car ce chignon en jette un peu.

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Jour 12 – Brioche Bun
Il me rappelle beaucoup le Celtic Knot, sauf que le principe me semble plus facile à assimiler. Accessoirisé avec de superbes pics artisanaux réalisé par une artiste que j’admire beaucoup et dont je suis folle des réalisations. Ce chignon nécessite une chevelure à mi-dos, voire à la taille si vous êtes doté.es d’une épaisseur importante. Et je sais que sur Haartraum ça ne rend pas pareil et que c’est super beau (*pleurs étouffés dans des cheveux*)

J12- Brioche Bun

Jour 13 – Disc Bun
Un indispensable des chevelures courtes: le chignon se réalise en enroulant deux mèches séparément, ce qui le rend très accessible. Mon premier essai ici photographié n’est pas le plus esthétique des Disc Bun que j’ai pu faire ensuite (les pics sont un peu courts pour convenir!), mais le tester, c’est l’adopter.

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Jour 14 – Demi-celtic bun
Les demi-chignons comptent, je n’ai pas triché! L’intérêt était ici d’apprendre à utiliser ma lune (celle dans mes cheveux, précisons) autrement que dans un cinnamon bun. Objectif rempli à 50%: ça marche, mais ça se casse la figure deux heures après.

J14- Demi celtic bun

Jour 15 – Helix Bun (ou Fail bun ici)
Le jour noir du défi. Ce chignon est mon tourment et je ne l’aime point parce qu’il me met les défauts de mes cheveux et de mon aptitude à me coiffer sous le nez (je vous explique: je n’ai pas la longueur suffisante pour le faire, ni une épaisseur assez constante des racines jusqu’aux pointes). Il est donc superbe, mais me fait un peu me sentir comme une paria du cheveu (enfoiré).
j15- Helix Bun

Jour 16 – Nautilus Bun
Un des tout premiers chignons que j’ai appris à réaliser! …Et que j’avais honteusement oublié avant de replonger les mains dans le cambouis du défi chignons. D’une solidité à toute épreuve: je peux même passer une nuit avec sans que rien ne bouge, et me rappelle pourquoi je l’aimais bien.

J16- Nautilus

Jour 17 – Swan Bun
Malheureusement, pas de tutoriel pour ce chignon que j’aime beaucoup: l’inventrice est en effet une admirable chevelue dont je ne me permettrai pas de m’approprier le tutoriel à ce jour non rendu public.

J17- Swan Bun